Les soins contre ces fichus cancers... l'histoire d'une patiente et d'une infirmière

in #sciencelast month

Aujourd'hui je vous dévoile le cas d'une patiente très spéciale que j'ai du soigner cet été en tant qu'infirmière à domicile...

Madame X. reçoit une chimiothérapie palliative depuis 3 ans. Les soins palliatifs sont des soins administrés à des patients atteints d'une maladie incurable et/ou en fin de vie. Ces soins ont pour but de soulager leurs souffrance et d'améliorer leur qualité de vie, en diminuant la douleur et en atténuant les effets de la maladie.
Cette dame avait un cancer généralisé depuis de nombreuses années, malheureusement aucun traitement n'a réussi à venir à bout de cette fichue maladie.
Dans le cas de cette patiente la chimiothérapie était administrée par voie veineuse centrale. Cela signifie qu'il y avait un dispositif sous le peau de la patiente en regard d'une très grosse veine. Le dispositif sous-cutané communique avec la veine et permet d'injecter des produits très toxiques comme la chimio directement dans la veine sans devoir à chaque fois piquer dans cette veine.
Lors de l'administration d'une chimiothérapie, on pique, dans le dispositifs implanté, un cathéter (petit tube) qui est relié une bouteille qui se vide en plusieurs heures.

Une fois la totalité du produit injecté, il faut rincer l'aiguille et le cathéter en injectant du liquide physiologique. C'est une étape très délicate, car le moindre germe qui rentrerait en contact avec le cathéter ouvert, irait directement dans le sang de la patiente et cela peut avoir de graves conséquences (septicémie, infection généralisée qui, surtout chez les patients immuno-déprimés, peut être fatale). De plus si une seule minuscule bulle d'air était injectée dans le cathéter et donc dans la circulation veineuse de la patiente, cela créerait une embolie gazeuse. Ce qui signifie qu'une bulle d'air empêcherait le sang de circuler et donc obstruerait le vaisseau sanguin. Lorsqu'un organe ou une partie d'un organe n'est plus vascularisé, l'oxygène ne lui parvient plus et donc l'organe en question ou la partie de l'organe se nécrose et meurt.

Mon travail ce jour-là consistait à retirer l'ensemble du matériel de la chimio. Et donc injecter le liquide pour nettoyer l'aiguille et le cathéter, mais aussi retirer l'aiguille du dispositif sous-cutané et désinfecter le tout.
C'était la première fois que je devais effectuer cet acte si complexe. Et seule en plus de ça !
J'avais déjà vu une fois comment le faire mais quand on se retrouve seule face à une patiente ce n'est pas du tout pareil.
De plus la situation familiale n'était pas simple non plus ! Je savais avant de rentrer chez cette patiente qu'elle était en fin de vie et que son entourage aussi savait qu'il ne lui restait plus très longtemps devant elle (c'était de l'ordre de quelques semaines).

Avant de rentrer je me posais mille et une questions. Je ne savais pas comment me comporter. Est-ce que je devais apporter un peu de joie et de bonne humeur dans cette maison ou au contraire être triste et faire profil bas ?
Ce jour la j'ai décidé avant de rentrer que j'allais essayer de rendre leur journée un peu meilleure, mon but était de faire au moins sourire ma patiente, tout en restant emphatique bien sûr.

Lorsque je suis rentrée dans la maison, il y avait une ambiance de plomb. Toute la famille était réunie autour de ma patiente. Son mari pleurait en cachette, ses petits-enfants jouaient dans un coin sans faire trop de buit... et moi je faisais tache. Je venais rappeler à tout le monde avec ma blouse blanche la raison pour laquelle ils étaient tous réunis.
Ça a été un choc pour moi.
Je me suis concentré sur mon objectif : soigner ma patiente et la faire sourire !

Chaque geste était calculé, je savais ce que je faisais.
Après les gestes techniques effectués et le cathéter retiré, il me restait encore à faire sourire ma patiente.
Et j'ai réussi !

je suis ressortie et ma patiente souriait ainsi que sa famille !

MISSION ACCOMPLIE !

Ce jour là j'ai compris.
Je ne peut pas faire comme si de rien n'était lors de soins dans des contextes particuliers. Mais par contre je peux essayer de remonter le moral des troupes et amener la bonne humeur. C'est aussi une manière que j'ai trouvé pour me protéger moi-même... et ça aussi c'est important.

P.S. : à l'heure ou je vous écrit cet article Madame X se bat toujours contre le cancer.

sources images :
1: https://www.macsf.fr/Responsabilite-professionnelle/Analyses-de-decisions/extravasation-chimiotherapie

2 : https://www.shutterstock.com/fr/search/fuck+cancer

Kiss

Sort:  

J'ai beaucoup d'admiration pour votre métier.
Exposé au pire de la maladie, il faut à la fois faire preuve d'empathie et savoir se détacher pour ne pas souffrir soi-même de ce à quoi l'on est confronté.
Chapeau bas !

Merci beaucoup. C'est vrai que c'est un métier très prenant et qu'il faut apprendre à se protéger soi, créer sa propre carapace pour mieux soigner les autres.
Je ne suis encore qu'étudiante mais se faire une carapace prend du temps !